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Aimé Lucien Duval

 

Aimé Lucien Duval est né le 30 juin 1918, dans les Vosges, au Val-d’Ajol (vallée de la joie). Il est baptisé à l'église de Plombières le 11 juillet 1918. Son père, militaire de carrière a acheté une ferme dans les Vosges et a épousé « une fille de la ferme », Marie-Thérèse. « Dans cette famille, on ne m'a pas appris la piété expansive et démonstrative. Il n'y avait quotidiennement que la prière du soir, récitée en commun. J'ai appris, à ce moment-là, qu'il fallait causer au Bon Dieu avec lenteur et sérieux et gentillesse patiente. »

 

Durant ses premières années, Aimé fréquente l’école du petit hameau du Hariol. Son père, qui le trouve intelligent et plus doué que ses huit frères et sœurs, le place à l'école des Frères de la ville, à Plombières. Il a huit ans ; chaussé de sabots, il parcourt seul les quatre kilomètres de chemin jusqu’à l’école : « Une heure de solitude pour aller à l’école, deux heures de solitude à midi pour manger mon pain et mon chocolat dans la classe désertée par mes camarades, et une heure le soir, pour rentrer à la maison. Cette solitude fut bienfaisante. Parce que j’ai eu le temps de me faire quelques certitudes à ma taille. Certitude que Dieu est bon. » De cette période, il ne dit rien de sa détresse d’enfant. La solitude le rend proche de Dieu : « C'est pour cela que je pouvais rêver, et que je pouvais chanter, et que je pouvais causer au Bon Dieu. » À l’école, il apprend à chanter en chorale, dans les classes du mercredi et du samedi. L’année du certificat, il rencontre au bord du chemin, à 300 mètres de la maison familiale, un prêtre jésuite qui était en cure à Plombières. Il est affalé, la bouche en sang. Aimé s’approche et le prêtre lui dit : « Comme cela tombe bien. Je vais mourir et j'étais en train de demander au Bon Dieu quelqu'un pour me remplacer. Tu veux bien ? » C’est en ces termes qu’Aimé Duval raconte sa vocation. S’agit-il d’un récit symbolique ou de faits réels ?

 

Le mystérieux pouvoir de la chanson 

L’année suivante, Aimé part pour le collège des Pères jésuites à Florennes en Belgique. C’est un élève brillant. En 1936, il entre au noviciat des jésuites et étudie à la Faculté pontificale de théologie à Enghien. En 1939, lorsqu’éclate la guerre, il est envoyé en Syrie. Il est démobilisé en 1941. Avec quelques prêtres ouvriers, il fréquente les cafés la nuit et se fait « missionnaire populaire » : il échange avec les ouvriers, et n’hésite pas à sortir sa guitare pour mieux illustrer ses propos. En 1949, il est ordonné prêtre. Il est envoyé à Reims comme professeur de français ; il dirige la chorale du collège et travaille la guitare. Il compose des chansons. Il agrémente ses sermons de chansons qu'il accompagne à la guitare et découvre le mystérieux pouvoir de la chanson : « Impossible de séparer parole et musique. Il faut prendre les paroles au sérieux… Le Verbe, c’est quelque chose d’énorme. Le Verbe par excellence, c’est Jésus. » Il tombe malade et fait un long séjour en clinique : « Les longues, longues nuits. La clinique l’a mûri chansonnier » écrit Charles André en 1959 dans La Liberté de l’Est.

 

En 1953, durant les vacances, la Jeunesse Étudiante Chrétienne, dans cinq camps différents, lui fait un accueil enthousiaste ; le Père Duval décide de travailler exclusivement la chanson. En 1956, il enregistre seul à la guitare son premier 45 tours, suivi très vite d’un second qui suscitent un véritable engouement. L’année suivante, il est invité par des étudiants de trois lycées parisiens à se produire au Gaumont Palace devant 5.000 spectateurs. Le succès est immense. Mais comme souvent, les critiques, parfois violentes, accompagnent le succès : « Qu’il ne sache pas chanter n’est pas la pire de ses disgrâces. Ce qu’il présente comme ses œuvres n’a de rapports que très lointains avec la chanson, les phrases musicales sont boiteuses, aucune carrure n’y apparaît et l’harmonie est pratiquement inexistante » (L’Express, 25 février 1960). Très sensible, Aimé Duval s’interroge : « Comment tuer la bêtise sans tuer les gens ? »

 

Entre 1957 et 1961, les concerts s’enchaînent, une centaine par an, en France, en Belgique, en Suisse, en Espagne, aux Pays-Bas mais aussi au Canada, aux Etats-Unis… 18.000 spectateurs en trois soirs à l’Albert Hall de Londres, 30.000 en un soir au Katholikentag de Berlin, 850.000 disques vendus ! Ce qui touche le public, c’est sa sincérité et sa foi en « Monsieur Jésus » et en l’amitié. Le 12 février 1957, France Soir titre sur le Père Duval, le « Bécaud de la foi ». Il est invité par la télévision à rencontrer Georges Brassens qui le cite dans sa chanson Les Trompettes de la renommée qui paraît en 1962 : « Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente / Avec le père Duval, la calotte chantante ». Il reçoit des millions de lettres : « lettres amicales, émouvantes, implorantes, questionneuses, encourageantes. »

 

« C’est surtout aux autres que je voulais parler »

Début 1960, paraissent chez Studio SM les deux disques « Récital » enregistrés à Bordeaux. Mais le Père Duval voit plus grand : il signe chez Barclay (label Bel Air qui produit entre autres Nino Ferrer, Serge Lama, Leny Escudero). La production met à sa disposition orchestre et chœurs. Les chrétiens, son public « cœur de cible », ne s’y retrouvent pas : « Ça fait bastringue. Cela n’a plus rien de religieux. » Maurice Robreau, fondateur de Studio SM le met en garde : « Tu étais un grand chez les petits, tu seras un petit chez les grands. » Aimé Duval défend son choix : « Au début, mes chansons étaient plus religieuses. Mais vous ne pouvez pas faire passer cela dans la machine d’un bistrot. Mes disques se vendaient bien, mais malgré tout ils ne dépassaient jamais un certain public. C’est surtout aux autres que je voulais parler. Comment faire ? Il fallait atteindre ce qu’il y a de plus profond en l’homme, prendre des thèmes de tous les jours. Il fallait aussi prendre un genre plus « accrochant », c’est pourquoi j’ai eu envie d’essayer l’accompagnement d’orchestre. » Le 8 octobre 1961, il se produit au Palais de Chaillot à Paris et réunit 6.000 spectateurs en deux soirs. Quelques mois plus tard, Aimé Duval est contraint de prendre 18 mois de repos pour soigner une dépression. Il revient début 1964 pour trois concerts à l’Olympia ; c’est une épreuve pour lui, il est «  à bout de force, à bout de nerfs, à bout de courage. Sale impression d’être une bête de boucherie. »

 

Dans un livre paru en 1984 (L’enfant qui jouait avec la lune, éditions Salvator), Aimé Duval raconte que dès 1958, il commence à boire. « Le vin m’a aidé à faire mes chansons, il leur a donné leur coloration de nostalgie ou de colère, de fatigue ou d’attente du ciel. » C’est seulement en 1969, après une tentative de suicide, qu’il prend conscience de son état alcoolique et qu’il entame une cure de désintoxication. L’année suivant, il rejoint les Alcooliques Anonymes, guérit et s’engage à en « sauver d’autres ».

 

L’inventeur de la chanson religieuse populaire

Après ses trois concerts à l’Olympia en 1964, la renommée médiatique du Père Duval va déclinante. Il enregistre un 45 tours en 1967 et un dernier disque en 1972. Jusqu’à sa mort, il continue de donner régulièrement des concerts, n’hésitant pas à parcourir des milliers de kilomètres pour répondre aux invitations. Il décède le 30 avril 1984. Ses obsèques ont lieu le 3 mai 1984 en la basilique Saint-Epvre à Nancy. Il repose au cimetière de Préville de Nancy, dans le "Carré des Jésuites".

 

Aimé Duval aura été l’inventeur de la chanson religieuse populaire. « Mon vieux copain, le bien que tu fais est grand ! » écrit Charles André en 1959 dans La Liberté de l'Est suite à un concert à Plombières. Quelques années avant le Concile Vatican II, le Père Duval aura su rejoindre les aspirations de ses contemporains. « J’ai essayé de parler aux gens d’une façon directe, avec les mots de tous les jours. Je ne chante que ce que ma mère, qui est une paysanne, peut comprendre. » Surtout, il sera resté, même dans l’épreuve, un intime de Dieu et de « Jésus (qui) est sa figure touchable. » En 1984, à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il n’avait jamais douté de Dieu, le Père Duval répondait : « Jamais. Et plus j'avance, plus je crois en lui... Parce qu'il m'a sauvé de ma demi folie et de la mort. »

 

Fabrice Bravard, avril 2014

 

Remerciements aux Jésuites de la province de France et particulièrement à Robert Bonfils, Franck Delorme et Thierry Lamboley.

Remerciements à Joseph Moalic.

 

Sources :

* Paul Tihon, Le Père Aimé Duval, Éditions Foyer Notre-Dame, 1961

* Lucien, L’enfant qui jouait avec la lune, éditions Salvator, 1984

* Claude Goure, Au bout de l’alcool - Rencontre avec le Père Duval, Panorama aujourd'hui N° 180, mars 1984

* Joseph Moalic. Le Père Duval, Je chante ! La revue de la chanson française n°24, mars 1999 

 

Sites internet :

* http://www.jesuites.com/2011/10/aime-duval

* http://pierre.aime.duval.free.fr/aime.htm

* http://enghien-lesaviez-vous.skynetblogs.be/le-pere-duval

 

Vidéos disponibles sur le site de l’INA :

* Interview par Robert Beauvais du Père Duval et de Georges Brassens (29 février 1960) : http://www.ina.fr/video/I00014749

* Des sermons et des chansons : Père Duval, prêtre chanteur (6 octobre 1961) : http://www.ina.fr/video/CAF91019480

* Soeur Sourire et Père Duval (8 janvier 1964) : http://www.ina.fr/video/CAF88028562